Les banques centrales dans la panade !
« Inflation is a choice ». Quatre mots prononcés en audition par Kevin Warsh, le nouveau patron de la Banque Centrale américaine, et tout le monde a cru comprendre. Florent Wabont, économiste chez Ecofi, n’est pas convaincu que c’était la bonne lecture. En revanche, une chose est certaine : l’incertitude revient.
Le nouveau patron de la Fed, successeur de Jerome Powell, n’est pas un inconnu. Gouverneur de cette maison de 2006 à 2011, Kevin Warsh s’était alors signalé par ses positions de faucon : partisan du durcissement monétaire au sortir de la grande crise financière, favorable au dégonflement du bilan de la banque centrale, intransigeant sur les pressions inflationnistes… Et après son départ, il a passé son temps à critiquer l’institution !
Warsh casse les codes
Le revoici à la tête de l’institution ! Sa phrase choc lors de son audition avant d’être adoubé par le Congrès : « Inflation is a choice. ». Et pas un mot sur l’emploi ! « On avait l’impression de retrouver Kevin 1.0 », note Florent Wabont, économiste d’Ecofi. Le 2.0, lui, semblait plus enclin à baisser les taux pour faire plaisir au Président américain, fort marri que la Fed ne soit pas aussi prompte qu’il le souhaiterait à servir son programme économique ! Mais la suite a brouillé le tableau : Warsh a choisi une mesure d’inflation spécifique pour soutenir que les pressions sont en train de refluer. Une façon commode de justifier des baisses de taux sans se contredire ouvertement.
Kevin Warsh veut casser les codes. Jerome Powell regardait l’indice PCE, Personal Consumption Expenditures Price, pour évaluer la valse des étiquettes. Kevin Warsh en veut un autre. La forward guidance, cette stratégie visant à donner de la visibilité au marché ? Il n’en veut plus ! Il y a du Alan Greenspan chez lui et il assume. « Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé ! »
17 juin : il faudra écouter la conf de presse
Florent Wabont attend donc avec impatience le moment où il va aborder la conférence de presse du 17 juin, suite au premier comité de politique monétaire sous la présidence. Les marchés aussi ! Potentiellement avec plus d’inquiétude.
Au jeu des pronostics, Florent Wabont pense que la Fed ne bougera pas ses taux, mais que Kevin Warsh devrait durcir son discours. « Ce n’est pas très consensuel », reconnaît-il. Sa logique ? Un nouveau chairman très prolixe sur l’inflation ne peut guère s’offrir une tonalité accommodante dès sa première réunion ! La Banque centrale européenne (BCE), elle, devrait monter ses taux le 11 juin : « C’est inéluctable, ils se sont un peu trop avancés là-dessus ». Quant à la Banque du Japon, le 16 juin, Florent Wabont livre une anticipation « jeté de pièces », mais pencherait pour une hausse.
Vigilance en septembre, octobre et décembre
C’est sur les prévisions de fin d’année qu’Ecofi se distingue vraiment. Il va d’ailleurs falloir à nouveau regarder dans le détail le calendrier des réunions, car l’heure des surprises potentielles est de retour ! Bon à savoir : rien n’est prévu en août et en novembre…
Côté prévisions, la société de gestion anticipe désormais la possibilité d’une hausse des taux américains dès le troisième trimestre : un scénario que les marchés, eux, n’anticipent pas. « On l’a changé de façon très récente », admet l’économiste. Sur la BCE, Ecofi table sur une à deux hausses pour 2026, contre deux à trois pour le consensus. Un écart discret mais significatif. Le Japon, lui, devrait monter d’une à deux fois. Une variable que beaucoup négligent : quand la Banque du Japon remonte ses taux, c’est de la liquidité mondiale qui change de cap — les capitaux japonais longtemps investis à l’étranger peuvent refluer vers des obligations domestiques mieux rémunérées. Face à la résurgence de l’inflation, mais également au ralentissement de l’économie mondiale acté par les prévisions du fonds monétaire international, les banquiers centraux sont dans la panade. Ils ne sont pas les seuls…













