Taux : la courbe prête à reprendre des formes

Après un premier semestre chahuté par l'Iran, un changement de patron à la banque centrale américaine et la nervosité du grand argentier européen, la courbe des taux est presque devenue plate comme une planche à pain de ce côté de l’Atlantique. Pour Akram Gharbi, responsable des gestions high yield et convertibles chez Crédit Mutuel Asset Management / La Française, tel ne sera pas le cas au second semestre.

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Le premier semestre des taux s’était engagé en mode régime minceur. Puis la décision des Etats-Unis et d’Israël de lancer les hostilités au Moyen Orient a vitaminé l’inflation. Avec des conséquences sur les taux d’intérêt à travers le monde. Tout cela s’est passé alors que Jerome Powell, resté droit dans ses bottes jusqu'au bout sans toucher aux taux américains, a cédé son fauteuil de président de la Fed, la Banque centrale américaine, à Kevin Warsh sans quitter l'institution pour autant. De quoi rassurer sur l'indépendance de la banque centrale, un temps questionnée par la pression de Donald Trump ! Il n’empêche : la volatilité sur les marchés de taux a été aussi grande que les tensions sur le détroit d’Ormuz…

Petit cours de physionomie obligataire

Courbe des taux juillet 2026

Petit rappel technique pour bien comprendre : la partie courte de la courbe (de six mois à deux ans) est pilotée par les banquiers centraux au fil de la trajectoire d'inflation. La partie longue, elle, reflète plutôt la croissance potentielle et la prime de terme. Autrement dit, le surcroît de rendement exigé par les investisseurs pour les rémunérer du risque pris en acceptant de subir les effets du temps. L’inflation guerrière a massivement fait gonfler les taux à deux ans : 70 points de base en six ans aux Etats-Unis, contre 47 en Allemagne, la référence européenne. A noter, dans la période, la Fed n’a pas touché à ses taux tandis que la BCE les a relevés de 25 points de base, une première depuis 2023.

Sur ce point, Akram Gharbi, le responsable des gestions high yield et convertibles de Crédit Mutuel Asset Management / La Française, ne mâche pas ses mots. La BCE se serait trompée de remède. « C'est clairement un choc d'offres. Un choc d'offres, on ne lutte pas contre ça avec une hausse des taux d'intérêt ». Côté taux longs, légère hausse aux Etats-Unis tandis qu’en Allemagne, l’heure est à la stabilité. La silhouette de la courbe a bel et bien évolué…

Amaigrissement prévu de la partie courte

Pour Akram Gharbi, son look devrait toutefois désormais reprendre du galbe. Explications : la BCE bâtit ses projections d'inflation 2026 sur un baril à 92 dollars (82 $ pour 2027), quand celui-ci évolue autour de 70 dollars début juillet 2026. De quoi, selon lui, forcer une révision à la baisse des anticipations d'inflation. A la clef : une moindre probabilité de hausses de taux de la part de l’institution dirigée par Christine Lagarde. Dans le même temps, on voit mal les taux européens baisser vu les contraintes budgétaires de certains, France en tête ! Sauf à imaginer une crise majeure où le marché passerait en risque « off ». La pente devrait donc se faire par une baisse des taux sur les échéances courtes.

Sur le crédit d'entreprise, la prime de risque, elle, a fondu. Les spreads sont historiquement bas, en Europe comme aux États-Unis. Cela témoigne d'un marché qui n'anticipe aucune inflexion du cycle macroéconomique, et donc aucune remontée des défaillances. Sur l'investment grade américain, la composante spread ne pèse plus que 17 % du rendement global, l'essentiel venant désormais de la partie taux. En dépit de cette situation, près de 90 milliards de dollars de flux entrants ont été comptabilisés depuis le début de l'année, soit 5 % des encours de la classe d'actifs. Que les spreads soient au régime sec n’a en rien entamé l’appétit des investisseurs.

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