Education financière : ce qu'a dit Jean-François Filliatre à l’Assemblée Nationale.

Directeur éditorial et producteur d’Et + Encore, Jean-François Filliatre a été invité par Agea, l’association des agents généraux à intervenir lors de leur colloque annuel consacré à l’éducation financière. Voici son propos introductif.

Avant de 2 juin 2026 : colloque d'agéa à l'Assemblée Nationale. Le sujet : l'éducation financière.

Parmi les intervenants, Daniel Labaronne, membre de la Commission des Finances, Catherine Julien Hiebel, présidente du CCSF, Pascal Chapelon et Benjamin Proux, Président et Vice-Président d'agéa.   
Et Jean-François Filliatre, le directeur éditorial d'Et + Encore. Détail du texte prévu...

"Permettez-moi de compléter ma bio. En mode prompt pour l’IA, histoire de fournir des éléments de contexte.

Jean-François Filliatre. Grands-parents maternels directeur d’école et institutrice. Parents profs. Et je n’ai pas fini dans l’éducation nationale ; autant dire, je suis la honte de la famille ! Journaliste, pour moi, c’est plus qu’un métier, c’est un état d’esprit. Avec deux règles utiles… Règle n°1 : ne jamais croire d’emblée ce que l’on vous dit. Il faut toujours recouper, confronter à son expertise avant de publier.

Un point technique. Soit vous prenez les sujets d’en haut et vous descendez pour voir leur incidence : c’est le top-down, de haut en bas. Soit vous partez d’en bas et vous remontez, c’est le bottom-up. Perso, je suis bottom-up et c’est pour cette raison que depuis mes années BFM Business, je suis pote avec ma copine Choupinette. Pleine de bon sens, elle est le terrain !

L’objectif : permettre à tous d’agir en connaissance de cause

Règle n°2 : être conscient. Par exemple, que la crédibilité des journalistes est, parmi les professions testées dans les sondages, parmi les plus mauvaises. Si vous voulez être crédible, cela vous impose une rigueur exemplaire. Précision importante : je ne crois pas à l’objectivité des journalistes, car nous avons un vécu, une expérience, vous sommes amenés à faire des choix. Être honnête intellectuellement, ce n’est déjà pas si mal ! Prompt terminé.

En 2006, lorsque l’Autorité des Marchés Financiers a mis la Finance pour tous en orbite, on m’a demandé d’en être administrateur. Vingt ans plus tard, la Finance pour tous a fait ses preuves, avec par exemple plus 10 millions de visiteurs uniques et plus de 6 millions de vidéos vues sur les réseaux sociaux, et moi, j’ai eu le temps de réfléchir à une définition de l’éducation financière : « permettre à chacun et chacune de prendre ses décisions en connaissance de cause ».

Education financière : les influenceurs concurrencent les banquiers

Qui éduque ? Parlons de l’école ! Certes, je me félicite des annonces suite au dernier comité stratégique d’éducation financière. Pour autant, je m’interroge : le taux de détention de cryptos dans le pays est désormais supérieur à celui des valeurs mobilières, notamment chez les jeunes. Les profs ont-ils une quelconque responsabilité dans cette évolution ? L’école est une brique du dispositif, pas forcément la plus importante. Sauf si évidemment, elle ne nous livre pas des élèves sachant lire et compter…

Qui d’autre informe ? Si je pars des jeunes : papa et maman. Au risque d’avoir une réplication de l’existant, pas toujours pertinente. En réalité, le gros de l’éducation financière a toujours été fait par des acteurs économiques : les banquiers historiquement, qui se font aujourd’hui tailler des croupières par fininfluenceurs. Acteurs différents, mais philosophie identique orientée business. Les pouvoirs publics cherchent aussi à avoir voix au chapitre. Le sujet du PER est sur ce point emblématique. Un constat toutefois : la crédibilité du bleu blanc rouge a perdu de sa splendeur. Le sujet du diesel en témoigne dans un autre domaine.

La Finance pour tous, une pépite à valoriser

Gare à ne pas confondre éducation et endoctrinement ! La tentation est grande pour vous, distributeurs comme producteurs, d’exploiter l’éducation comme argument commercial. Pourtant, dans une société de plus en plus judiciarisée, il me parait plus pertinent de l’utiliser comme argument de co-responsabilité. Certes je suis l’intermédiaire, certes en tant qu’intermédiaire d’assurance je suis soumis au devoir de conseil, mais je vous ai livré les clefs pour agir en connaissance de cause.

Sur les acteurs, notre pays a besoin d’un opérateur indépendant, comme la Finance pour tous. Et c’est la raison de mon engagement à leur côté. En cas de crise majeure, cette structure sera assurément le dernier recours en termes de crédibilité pour avoir faire ses preuves. Mais encore faut-il assurer son financement, car cet acteur n’a ni intérêt économique ni intérêt politique ! Sous la houlette de Christian Noyer, son président, une proposition été faite au gouvernement, tout comme à Daniel Labaronne, pour financer ce genre de structure avec la moitié des sanctions prises par la commission des sanctions de l’AMF. Cette piste me parait des plus pertinentes.

Apprendre un esprit critique plus que des règles

Quelles sont maintenant à mes yeux, les règles d’une bonne éducation financière ? La finance se plait à manier des concepts mathématiques. Mais si on l’analyse comme une science, il faut bien plus la rapprocher des sciences humaines que de la mathématique. La vérité d’un jour ne sera forcément pas celle du lendemain. D’où par exemple, la problématique de l’éducation parentale. Mes parents ont remboursé leur crédit immobilier en monnaie de singe, je n’aurai pas pu faire pareil. Premier constat : il ne faut pas apprendre à Choupinette des règles, il faut développer chez elle un esprit critique.

Deuxième point : mon ennemi n’est pas la finance, mais le vocabulaire de la finance. Commençons par le mot rendement. On l’apprend à l’école le rendement de la terre, en base annuelle, sous forme de quintaux, de d’hectolitres... « High yield », ça veut dire haut rendement. Pour info, la place nous parle du couple rendement/ risque, mais Markowicz, le prix Nobel d’économie, n’a jamais utilisé le terme de « yield » ; il parlait de return ! Le rendement est un terme de rentier, alors le « return » prend en compte deux composantes de gains potentiels : le rendement d’une part, mais également la variation de valeur. Dans son premier rapport, l’OPEF a défini ses termes en page 18. Choupinette trouve ça très clair.

Marre du rendement à tout bout de champ

Certes, je sais l’intérêt de détourner les mots. Le mot « rendement » est rassurant, mais de grâce, arrêtons de l’utiliser de manière erronée. Les cryptos, comme l’or, n’ont pas de rendement. Et la variation d’une unité de compte est une performance ! Sur le sujet, je vous donne une idée. Quand on parle de rendement, on ne met pas de signe devant les chiffres. Quand on parle de perf, on met toujours un signe devant, y compris un « + ». Cela permet de sous-entendre que le signe peut être négatif…

L’autre sujet de vocabulaire nous est révélé par le patrimoine de Choupinette. L’immobilier d’une part, la plus conséquente ; la finance de l’autre. Que constatons-nous ? Acquérir sa résidence, faire une opération locative, comment appelle-t-on ça dans le langage commun : faire un investissement immobilier ! Et côté finance, que nous propose-t-on comme produits ? Plans d’épargne logement, entreprise, en actions, avenir climat, plan d’épargne retraite ?

Dites-vous épargne ou investissement ?

Epargne et l’investissement, ce n’est pas la même chose. Quand Bercy et le législateur cesseront-ils d’appeler un chat un chien ? Il y a un côté noble à l’investissement, et un côté gagne petit à l’épargne. J’ai beaucoup travaillé sur la bourse. Curieusement, les sociétés cotées parlent de relations investisseurs institutionnels d’un côté et d’actionnaires individuels de l’autre. On a exclu Choupinette du statut d’investisseur et on lui reproche… de simplement épargner.

Ce n’est pas elle qui ne sait pas faire la différence, c’est le système. L’éducation pour tous doit aussi passer par les élites ! D’ailleurs, je m’interroge. Qui est le plus averse au risque : Choupinette, les pouvoirs publics ou les réseaux de distribution ?

Biais comportementaux : il faut en tenir compte

Parler, éduquer ne sert à rien si l’on n’est pas entendu. Il faut capter l’audience, la faire réagir, lui montrer l’utilité pour elle du propos. Voilà qui m’a amené à m’intéresser à la finance comportementale. Et à débusquer des difficultés de nos discours. La logique éducative en matière de construction de patrimoine consiste à bâtir une épargne de précaution puis, plus son patrimoine s’accroit, plus on s’autorise une prise de risque.

La réalité pratique est totalement inverse : plus les patrimoines sont faibles, plus l’espérance de gains est forte. Les jeunes ne sont pas plus éduqués au risque que les générations précédentes : ils sont plus pauvres. A contrario, plus le patrimoine est élevé, plus la tendance à la sécurisation apparait. J’entends parfois dire : il faut avoir en actions 100 moins son âge. Cela me parait idiot…

Diversification : une bonne règle difficile à appliquer

La diversification, maintenant ! Tout le monde en parle ; personne ne l’applique ! En particulier, les pouvoirs publics. Rien n’est fait pour encourager la diversification des intermédiaires, au nom de la défense de la banque universelle. Pire, les politiques veulent depuis vingt ans que les Français assument des risques dans le cadre d’un produit qui porte le nom d’ « assurance ».

En termes de diversification patrimoniale, Choupinette n’est guère mieux. Et je crois savoir pourquoi ! Imaginez qu’elle investisse en Bourse en achetant une action. Un mois plus tard, le titre a progressé de 30 %. Interrogez-là. Elle vous répondra : j’ai fait une bonne analyse. Si le titre a chuté de 30 %, elle vous dira : le marché n’a rien compris. On s’arroge ses succès, on rejette les échecs sur les autres. Sauf que cela a des impacts patrimoniaux : quand on croit être bon, on en remet une couche. La notion de diversification est orthogonale à la nature humaine : c’est reconnaître que l’on puisse avoir tort.

Pourquoi il faut encourager les Français à mettre de côté

Si pour conclure, je devais donner une rapide leçon d’éducation financière à Choupinette, que lui dirais-je ?

« D’abord, c’est bien de mettre de l’argent de côté. C’est dur, mais c’est bien. Dur parce cela impose d’être vigilant sur ses dépenses par rapport à ses revenus. Et que le crédit est certes une solution, mais elle ne peut être systématique. Mais c’est bien parce que ça libère l’esprit. Quand on a de l’argent de côté, on est moins craintif, on se sent plus même à avoir des projets et à les mener à bien.

Ensuite, je lui dirais que c’est bien d’investir. L’épargne de précaution est utile, mais on ne peut vivre en pensant seulement aux tuiles qui vont vous tomber sur la tête.

La seule certitude : on ne gagne pas toujours !

Tu veux connaître le meilleur placement ? Voilà plus de trente ans que je fais ce métier, et je ne l’ai jamais rencontré. Ou plutôt selon les époques, j’en ai vu des différends. Si un expert te dit qu’il a la solution miracle, tu perds ton temps avec ce charlot. Si on te fait signer vite, fais gaffe aussi. On est en France, plus on te file de la paperasse à lire, plus t’as de chances d’être sur un produit contrôlé ! Choupinette, t’aimerais avoir des certitudes ? Je t’en donne une : quoiqu’il arrive, tu te planteras un jour ou l’autre ! Tu fais du vélo aujourd’hui : n’as-tu jamais fini par terre une fois que l’on t’a enlevé les petites roues ?

T’as envie de tester un placement ? Teste ! Juste fait gaffe à combien tu mets ! Histoire d’éviter qu’en cas de galère, ça finisse en drame. Tu ne sais pas trop ? Alors commence petit. Saches que si tu veux gagner gros et vite, c’est comme avec la vitesse et le vélo, la chute pourra être douloureuse.

Pense toujours que tu peux perdre. Ton intermédiaire peut faire faillite, l’environnement peut changer. Vois-tu dans les années 90, on disait que les Sicav monétaires étaient sans risque ; trente ans plus tard, leurs performances étaient négatives. Arrête aussi d’écouter ce qui disent que tout est compliqué.

Avoir une idée en tête : l’argent a vocation à rapporter

Tu fais comment dans ta vie quand tu prends une décision : t’arbitres le pour et le contre. Fait pareil avec ton épargne ! Sache que les vendeurs, c’est normal, ont le réflexe de te montrer le « pour ». Alors, sois curieuse pour voir ton intérêt. Si t’as mis de l’argent de côté, c’est aussi pour qu’il te rapporte… » J’en profite pour vous livrer mon regard sur un point qui a agité l’Assemblée nationale. Je peux vous chiffrer la fortune improductive. Si l’on parle de fortune, c’est de l’argent de Choupinette dont il est question car l’Etat et les entreprises n’ont pas un actif net conséquent. Improductif : que ne rapporte pas. Le chiffre : 570 milliards, source Banque de France, montant de dépôts à vues non rémunérés !

Je vous donne pour conclure mon indicateur de succès de l’éducation financière. Plus que la note Pisa, ce serait que le marché de l’épargne devienne un marché de la demande… Sûrement mon côté bo

En podcast, ce qui a vraiment été dit...

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