Tempête sur les taux, mais les actions gardent le cap
L’été a été chaud pour les touristes. A priori, pas sur les marchés financiers, car pas un 20 heures ne s’est affolé. Et pourtant… La boussole des marchés obligataires a semblé perdre le nord. Explications d’un été finalement mouvementé avec le décryptage d’Olivier Guillou, directeur de la gestion d’Ecofi.
Entre la fin 2025 et le mois de juin, seuls les taux longs américains grimpaient et l'Europe semblait à l'abri. Depuis fin juin, la tension a traversé l'Atlantique. La cause première n'a rien d'économique, prévient d'emblée Olivier Guillou : « Avant de parler d'économie, la principale raison est une raison géopolitique. » En clair : la fin de l'espoir d'une trêve entre l'Iran et les États-Unis, avec la remontée du pétrole et du gaz. De quoi remettre l'inflation qui redevient un sujet de conversation pour les banques centrales.
Trop de bateaux veulent charger de la dette
À ce choc géopolitique, s'ajoute un embouteillage plus terre à terre : la concurrence pour placer de la dette. Confronté à la défense de sa monnaie, le Japon pourrait être amené à céder une partie de ses titres du Trésor américain. Les pays du Golfe, eux, ont probablement vendu des obligations pour financer leurs propres plans de relance. Et voilà qu'accostent aussi les hyperscalers, ces géants du cloud et de l'intelligence artificielle, dont les émissions pèsent désormais sur le marché obligataire mondial — même si 66 % de cette dette reste américaine.
Signe de cette prudence retrouvée, la prime de terme — l'écart de rendement exigé pour détenir de la dette longue plutôt que courte — se tend depuis plusieurs mois. Elle « révèle un peu la crédibilité ou l'assurance que vous avez dans la dette d'un État », explique Olivier Guillou. Plus surprenant : les spreads de crédit, eux, restent d'un calme plat, sur l'investment grade comme sur le high yield. Les entreprises publient de bons résultats, le rendement offert demeure attractif. Les marchés semblent aujourd'hui plus méfiants envers les États qu'envers les entreprises.
Un nouveau capitaine, encore flou sur son cap
Du côté des banques centrales, la réunion de Jackson Hole était attendue. Lors de ces premières interventions, Kevin Warsh, le nouveau patron de la Fed, avait refusé de poursuivre la stratégie de forward guidance, c’est-à-dire de donner des anticipations claires au marché, et évoqué des « querelles de famille » lors de la dernière conférence de presse, post réunion de politique monétaire. De quoi surprendre ! Olivier Guillou tempère : plutôt provocateur que réellement choquant, de la part d'un banquier central qui cherche à imposer « une doctrine qui lui est plus personnelle », entre priorité à l'inflation et outils de politique monétaire. La Banque centrale européenne, elle, garde une ligne plus lisible : après la hausse de précaution actée en juin, une nouvelle hausse de 25 points de base est attendue, sans engagement au-delà — tout dépendra des prix des matières premières. Le nouveau cap sera fixé ce jeudi, 10 septembre, pour la Banque centrale européenne et le 16 pour la Réserve fédérale américaine.
Les actions voguent, imperturbables
Pendant que les taux s'agitent, les actions progressent sans complexe : plus de 10 % depuis janvier sur les marchés développés, Chine mise à part. Ce découplage, qu'on n'attendait pas, s'explique selon Olivier Guillou par le fait que « la qualité des résultats bénéficiaires est exceptionnelle » : l'effet des taux pèse peu face à la croissance des profits. Autre bonne nouvelle : la hausse n'est plus l'apanage d'une poignée de valeurs liées à l'intelligence artificielle. L'été a vu les entreprises jusque-là boudées reprendre des couleurs, portées par une conjoncture plus favorable, notamment en Europe. Pour Olivier Guillou, le phénomène TINA est toujours là. There is no alternative. Pour bâtir un portefeuille diversifié, la méthode du 60 % actions / 40 % taux ne fonctionne plus vraiment. Et il est parfois plus intéressant de remplacer les obligations, désormais volatiles, par du monétaire. Les premières ressemblent parfois aux 40 ème rugissants, tandis que l’autre classe d’actif ressemble plus à un lac paisible.














