Opale Capital sème son premier evergreen

Il y a un an à peine, il affichait sa méfiance en public. Aujourd'hui, il en fait l’une des pièces maîtresses de sa gamme. Paul Moreno Blosseville, président d'Opale Capital, lance le premier fonds evergreen de la maison, adossé aux infrastructures, tout en comblant un autre trou de sa gamme côté venture capital. Une conversion qui ne doit rien au hasard...

Un evergreen, en horticulture, c'est un arbre qui ne perd jamais ses feuilles. En gestion d'actifs, et plus particulièrement dans le monde du non coté financier, c’est un produit qui ne ferme jamais ses portes. A l’entrée, la souscription est toujours possible. A la sortie, des fenêtres sont régulièrement ouvertes. Dans la langue de Molière, on peut parler de fonds perpétuel semi-liquide. Lors de l'université d'été de l'Asset management 2025, Paul Moreno Blosseville, le président d'Opale Capital, avait publiquement affiché sa réticence sur ce format. Un an plus tard, il s'apprête pourtant à planter son premier arbre à feuillage persistant — sur les infrastructures…

De nouvelles espèces mises en avant

« Un fonds evergreen a beaucoup de grands défis à relever afin d'être performant et de pouvoir assumer sa promesse de fenêtre de liquidité ciblée », rappelle-t-il. Deux racines doivent tenir la charge : une génération de liquidité crédible et un flux d'opportunités de qualité suffisant pour nourrir la performance. Pas donné à tous les segments du non coté financier. Ce n’est donc pas par hasard qu’Opale Capital a fait le choix de franchir le Rubicon sur un segment très particulier : les infrastructures. Sur le premier point, elles cochent toutes seules la case, car les loyers générés irriguent naturellement le véhicule. Sur le second, le dirigeant mise sur une conjoncture porteuse. « Les taux d'intérêt qui augmentent, c'est le symptôme d'une volatilité et d'une incertitude qui s'accroissent, observe-t-il. L'infrastructure (…) est indexée à l'inflation : elle offre une protection intéressante. » Objectif de performance affiché pour ce nouveau fonds de fonds : entre 7 % et 10 %.

Outre ce lancement, Opale Capital étoffe son terrain de jeu. Jusqu’alors, la maison s’était spécialisée sur les fonds défensifs, à pousse modérée. Notamment avec des produits de dettes privées et de marché secondaire. Opale Capital referme aussi son dernier trou côté offensif, avec un fonds de fonds dédié au venture capital. Un créneau resté en jachère depuis le choc de taux de 2022, qui avait rebattu les cartes de la valorisation du secteur. Objectif affiché : un multiple de trois fois la mise, sur un fonds fermé cette fois. Cette bascule de méthode est assumée. Hier, la maison sélectionnait les opportunités comme l’Inrae traque les espèces adaptées à l’environnement. Désormais, la maison construit aujourd'hui une gamme complète. « Si je devais créer mon portefeuille d'investissement en tant que client, je voudrais accéder aux meilleures stratégies et, dans ces stratégies, aux meilleurs fonds », résume Paul Moreno-Blosseville.

Silence, ça pousse !

Quatre ans après son lancement, le « pépiniériste » Opale Capital a aussi vu son territoire grandir. Les encours avoisinent les 600 millions d'euros répartis sur six produits en cours de levée. Plus de 450 CGP distribuent aujourd'hui la gamme, avec un ticket d'entrée fixé à 100 000 euros — ramené à 30 000 euros dès le deuxième investissement. Un tiers des encours transite par des contrats d'assurance vie luxembourgeois, le reste en direct. Et l'intérêt dépasse déjà les frontières : des établissements italiens, suisses et belges ont pris contact et la distribution à l'étranger a commencé. Le sélectionneur de fonds a aussi étoffé ses équipes. Malika Mecheri, ex-directrice financière de l'activité dette privée d'Eurazeo, a rejoint la maison pour piloter les opérations et le suivi de portefeuille. Romain de Landesen a pris la direction technologique. Quant à Edouard Leurent, arrivé en 2023, il a de son côté été promu directeur général en avril dernier. Il est l’eau et l’engrais de l’ensemble pour favoriser la croissance.

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