Guerre en Iran : deux experts livrent leurs craintes

L’opération Epic Fury a fait bouger les marchés. Les actions n’ont pas été touché de la même façon des deux côtés de l’Atlantique, à la différence des taux. Mais la secousse majeure pourrait venir d’ailleurs. Explications de Pierre Puybasset (LFDE) et Vincent Chailley (H2O AM).

Samedi 28 février 2026 : les Etats-Unis lancent l’opération Epic Fury. L’Iran est alors attaqué par l’armée américaine, associée à Israël. La veille au soir, dernière séance de la semaine, le Dow Jones Industrial a clôturé à 48 977,92 points et l’Eurostoxx 50 à 6138,41. Treize jours plus tard, et après plus de 6000 frappes selon les dires de l’armée américaine, le Dow Jones s’établissait à 46 677 points, soit un recul de 4,7 %. Les actions de la zone euro perdait, elle, le double à 9,4 %.

Invité de sur le plateau d’Et + Encore, pour notre mensuelle, Vincent Chailley, directeur des investissements de H2O Asset Management, et Pierre Puybasset, Porte-parole de la Financière de l’Echiquier, ont naturellement été invité à commenter cette actualité. Premier constat : l’un comme l’autre penche plutôt vers un conflit de courte durée. Selon Vincent Chailley, les États-Unis devraient probablement se retirer assez rapidement du conflit. Pour autant, les effets économiques liés à la situation géopolitique pourraient perdurer. « Ces conséquences vont dépendre l’attitude de l’Iran et de la situation dans le détroit d’Ormuz », renchérit Pierre Puybasset. A la clef : l’impact sur les prix de l’énergie !

Le crédit privé, une faille américaine

Sur le plan macroéconomique, comme la reconnu François Villeroy de Galhau, le principal risque serait un ralentissement de la croissance accompagné de tensions inflationnistes. Du côté des marchés de taux, les opérateurs ont fait leur choix. Le dix ans américain est passé en treize jours de 4,01 à 4,33 % et le dix ans français de 3,34 à 3,73 %. « Cela pourrait raviver le risque de stagflation, un phénomène dont les économistes avaient largement cessé de parler ces dernières années » explique même Pierre Puybasset.

Mais ce conflit pourrait aussi agir comme un révélateur de fragilités déjà présentes dans le système financier, notamment dans le marché du crédit privé américain. « C’est une fragilité de l’économie outre-Atlantique qui pourrait difficile à gérer à cause de cet événement », explique Vincent Chailley Selon lui, les inquiétudes des investisseurs sont déjà perceptibles. Les fonds investis dans des actifs privés, par nature peu liquides, ont enregistré des rachats importants ces derniers mois. Si la nervosité devait s’accentuer, les sorties pourraient dépasser la liquidité disponible dans ces produits, créant un risque de tensions financières. Pierre Puybasset nuance toutefois la situation du côté européen. « Si on regarde cet univers, l’Europe est beaucoup moins exposée », reconnait-il.

Vous avez dit opportunités ?

Malgré les incertitudes, la période actuelle pourrait aussi créer des opportunités pour les investisseurs. Pour Vincent Chailley, la réaction des marchés obligataires pourrait offrir des points d’entrée intéressants, en particulier sur les taux courts en Europe. « Quand on commence à avoir des marchés qui anticipent des hausses de taux de la Banque centrale européenne, c’est un peu exagéré ». A titre d’illustration, le deux ans français est passé de 2,12 % à 2,65 % sur les deux dernières semaines. Côté actions, Pierre Puybasset reste globalement constructif malgré la correction récente des marchés. La disruption liée à l’intelligence artificielle a fortement secoué le secteur du logiciel, ce qui impose désormais un tri plus sélectif parmi les entreprises. Toutefois, les sociétés disposant de positions de marché solides et d’un faible niveau d’endettement pourraient continuer à jouer un rôle de valeurs refuges dans un environnement incertain.

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