Or : faut-il redescendre dans la mine ?

Fin janvier, l'once d’or a crevé le plafond des 5 500 dollars. Elle flirte aujourd'hui avec les 4 100. Sur les trois dernières années, le fonds CM-AM Global Gold a gagné plus de 200 %. L’occasion de faire le point avec Alexandre Menendez de La Française sur ce qui fait la pluie et le beau temps sur le métal jaune. Et sur l’opportunité de revenir sur les fonds aurifères.

Une once, c'est 31,10 grammes. Pas de quoi remplir un coffre ; c’est pourtant l’étalon du marché de l’or ! Trois galeries alimentent ce marché. Le bijou, d'abord. Il pèse un tiers de la demande, surtout en Chine et en Inde. C'est le seul poste vraiment élastique : quand l'or s'envole, on achète moins ; quand il redescend, la demande revient. Les banquiers centraux, ensuite. Depuis trois ans, la dédollarisation les pousse à acheter chaque mois, quel que soit le prix. La Chine est passée de 3 % de ses réserves en or il y a deux ans à environ 10 %. Aux États-Unis, en France ou en Allemagne, la concentration est beaucoup plus importante, proche de 80 %. Pékin a donc de la marge. Les ETF (Exchange Traded Funds) aux Etats-Unis ou les ETC (C pour commodities), enfin. Acheteurs marginaux lors de la flambée de 2025, ils sont vendeurs massifs en mars.

Les taux font plier la galerie

Reste à comprendre le recul depuis février. La réponse tient en un mot : les taux. « L'or n'aime pas quand les taux obligataires remontent, puisque l'or n'a pas de rendement », résume Alexandre Menendez. Et la protection contre l'inflation, alors ? À très long terme, elle a fait ses preuves. À court terme, c'est l'inverse : les banques centrales relèvent leurs taux pour combattre une inflation qui n'a rien d'une inflation de croissance saine, et le métal recule. Le dollar joue la même partition. L'euro valait environ 1,20 dollar en début d'année ; il en vaut 1,12. L'or monte quand le billet vert baisse, et réciproquement.

Si les ETF et ETC suivent l’évolution de l’or, les fonds aurifères, tel CM-AM Global Gold, misent sur non sur le métal, mais sur des producteurs. Avec une différence économique. Les sociétés aurifères n'achètent pas de l'or : elles l'extraient, puis le vendent. Leur profit se joue dans l'écart entre les deux. « Elles produisent en moyenne à 1 800, 2 000 dollars l'once et elles vendent au cours actuel à 4 100. Donc, elles ont une marge assez stratosphérique », souligne Alexandre Menendez. Le bilan suit : très peu de dette, des dividendes, des rachats d'actions.

Consolidation de la galerie

Si le cours de l'or et celui des mineurs avancent généralement de concert, l'investisseur touche ici une entreprise qui verse, quand le lingot, lui, ne verse rien. Les mineurs sont cotés surtout en Amérique du Nord, aux États-Unis et au Canada, mais produisent aussi en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Dans la gamme de La Française, le fonds CM-AM Global Gold illustre l'engouement : plus de 200 % en trois ans, près d'un milliard d'euros sous gestion, une gérante, Charlotte Peuron, aux commandes depuis 2010. Une joli performance témoignage aussi d’un marché volatil.

Faut-il creuser le filon des fonds aurifères désormais ? À moyen et long terme, la réponse de La Française est oui, notamment pour le pouvoir de décorrélation de l'or. À court terme, elle voit plutôt une zone de consolidation entre 4 000 et 4 500 dollars. Pour mieux respirer, le métal jaune aurait besoin de taux stabilisés et d’un dollar apaisé. Pour Alexandre Menendez, un constat s’impose toutefois : « on a remarqué récemment que pendant la hausse des taux obligataires, que ce soit aux États-Unis ou au Royaume-Uni, l’or souffre beaucoup moins… » En attendant, les mineurs continuent d’extraire.

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