Euro – États-Unis : pourquoi ces différences de réactions à la situation actuelle

La crise au Moyen-Orient a entrainé une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt de deux côtés de l’Atlantique, et une baisse des actions. Mais pas dans de même ampleur. Explications de Florent Wabont, économiste chez Ecofi, dans son « Point Eco » bimestriel.  

Sous l’effet des tensions géopolitiques et de la flambée des prix de l’énergie, l’inflation repart à la hausse des deux côtés de l’Atlantique. Dans cet environnement, les discours de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Réserve fédérale américaine (Fed) semblent diverger. De notre côté, Christine Lagarde évoque un « panel d’outils gradués » ; de l’autre, Jerome Powell insiste sur les limites de l’action monétaire. Pourtant, derrière ces discours différents, la réalité économique est beaucoup plus proche qu’il n’y paraît.

Selon Florent Wabont, économiste chez Ecofi, les deux institutions font face au même dilemme. « Les banques centrales sont impuissantes face à ce type de choc », explique-t-il, rappelant que l’inflation actuelle provient d’un choc d’offre lié à l’énergie et à la géopolitique. Un cadre où la politique monétaire a peu de prise. Augmenter les taux pour contenir l’inflation risque de freiner une croissance déjà fragilisée. Et Les baisser pour soutenir l’activité pourrait, à l’inverse, nourrir la hausse des prix. Ce contexte place les banques centrales dans une position inconfortable. « Il n’y a […] que des coups à prendre », résume l’économiste. La stratégie doit donc consister davantage à gagner du temps, observer les données et maintenir une communication ouverte, plutôt qu’à agir rapidement ! C’est exactement ce qu’il faut faire aussi lorsque l’on pilote une allocation d’actif.

Des anticipations de marché différentes

Malgré cette situation similaire, les marchés financiers anticipent des réactions différentes. En zone euro, les investisseurs tablent sur plusieurs hausses de taux, trop selon Florent Wabont, alors même que la BCE reste prudente. Aux États-Unis, l’idée d’une baisse des taux a été largement abandonnée, laissant place à un scénario de statu quo. Cette divergence tient en partie aux spécificités économiques. La Fed dispose d’un double mandat – inflation et emploi – qui pourrait l’amener à assouplir sa position si la croissance ou le marché du travail se dégradent. La BCE, elle, reste davantage focalisée sur la stabilité des prix, tout en surveillant l’impact énergétique sur l’activité.

Dans cet environnement, les taux longs ont fortement remonté des deux côtés de l’Atlantique. Mais les rendements à court terme ont progressé encore plus vite, reflétant les anticipations de politiques monétaires plus restrictives. Mais cette hausse intègre déjà une grande partie des risques d’inflation, moins ceux liés à la croissance.

Un profil d’actions très différents

Côté actions, de divergences de comportements sont aussi notées. Les actions européennes ont davantage reculé que leurs homologues américains depuis le début des tensions. Plusieurs facteurs l’expliquent. D’abord, les indices européens avaient fortement progressé en début d’année, ce qui a favorisé des prises de bénéfices. Ensuite, l’Europe reste plus dépendante des importations d’énergie, donc plus vulnérable aux chocs sur les prix du pétrole.

La composition sectorielle joue également. Les marchés européens comportent davantage de valeurs cycliques, sensibles à la croissance économique. À l’inverse, la Bourse américaine est dominée par les valeurs technologiques. Elles ont certes reculé, mais de façon plus hétérogène.

L’Europe, pôle de stabilité ?

Une certitude : la crise au Moyen-Orient témoigne l’instabilité du monde. Une situation peu appréciée des investisseurs plutôt enclins à rechercher la stabilité. Pour Florent Wabont, la situation pourrait accélérer certaines tendances structurelles. L’Europe pourrait renforcer sa souveraineté énergétique, accélérer la décarbonation et augmenter ses dépenses de défense. À moyen terme, ces évolutions pourraient modifier l’équilibre entre les deux zones économiques. Une occasion de confirmer la prédilection actuelle d’Ecofi pour le vieux continent.

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